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Logiciel sur mesure ou SaaS : le calcul sur 3 ans
Cinquante utilisateurs à 39 € HT par mois, c'est 70 200 € HT en trois ans. Voilà le prix du logiciel du marché auquel tout logiciel sur mesure doit être comparé, et la somme que le développement et la maintenance ne doivent pas dépasser pour que le choix se justifie.
Les pages d'agences consacrées à ce sujet donnent des montants sans méthode : Kolonell annonce de 90 000 à 200 000 € d'investissement initial pour un logiciel sur mesure, sans dire pour quel périmètre. Cet article fait l'inverse : il part du coût de la licence, déroule le calcul sur trois ans, et en tire le budget maximal, la maintenance, la propriété du code et la dépendance à chaque option.
41 053 €HT : budget de développement maximal pour qu'un logiciel sur mesure coûte moins que 50 licences à 39 € par mois sur trois ans
Note de méthode : le prix de Pipedrive, un CRM (logiciel de gestion de la relation client), est hors taxes ; Odoo et Malt ne précisent pas leur traitement de la TVA et leurs montants sont repris tels qu'affichés, pour une entreprise qui récupère la TVA. Un CRM sert de repère de prix par utilisateur : les fonctions ne sont pas comparées, seul le coût d'abonnement l'est. La comparaison est nominale, sans actualisation.

Combien coûte un logiciel sur mesure : la formule du plafond
Le coût d'un logiciel du marché en abonnement (SaaS) sur trois ans est simple : nombre d'utilisateurs, multiplié par le prix mensuel, multiplié par 36 mois. Le logiciel sur mesure a deux postes : le développement, noté B, et la maintenance.
La maintenance se mesure par un benchmark de Wavect : 24 produits SaaS ou assimilés d'Allemagne, d'Autriche et de Suisse, observés de 2023 à mi-2026. La dépense annuelle médiane est de 24 % du coût de construction l'année qui suit la mise en production, 21 % la deuxième, 26 % la troisième. La somme de ces trois médianes fait 71 % de B : un ordre de grandeur, pas un résultat publié par le benchmark, qui ne donne ni total sur trois ans ni le nombre de produits observés chaque année.
Cette maintenance couvre les corrections, les mises à jour de dépendances, la sécurité, le support, la conformité, une petite part d'évolutions et, dans le modèle de Wavect, 4 à 5 % par an de cloud et de supervision : l'hébergement y est donc déjà compris. Wavect qualifie son benchmark d'indicatif, non représentatif.
Le logiciel sur mesure coûte donc B + 0,71 × B, soit 1,71 × B. Il est moins cher que le logiciel du marché si cette somme reste sous 70 200 €. Pour 50 utilisateurs à 39 € : B ≤ 70 200 ÷ 1,71 = 41 053 €.
Le prix d'un développement logiciel sur mesure se compare donc à un plafond, pas à une fourchette : au-delà, mieux vaut un logiciel du marché. Ce plafond ne dit pas combien coûte le développement, il dit combien il peut coûter, et se compare au devis reçu. Un budget de 41 053 € finance au plus 73 jours de développement à 562 € par jour, ou 96 jours à 425 €. Ce sont les tarifs jour moyens affichés par Malt, une plateforme de freelances, pour les développeurs back-end (la partie serveur d'un logiciel) de huit à quinze ans et de trois à sept ans d'expérience : des tarifs affichés, sans design ni gestion de projet.
À partir de combien d'utilisateurs le logiciel sur mesure est-il rentable ?
Le plafond dépend du nombre d'utilisateurs et du prix par utilisateur. Le tableau applique la formule précédente à trois prix : 14,90 €, le plan Standard d'Odoo au tarif catalogue en facturation annuelle ; 39 €, le plan Growth de Pipedrive, aussi en facturation annuelle ; 79 €, son plan Ultimate. Les prix sont ceux affichés, sans hausse sur trois ans ni remise.
| Utilisateurs | 14,90 € par mois | 39 € par mois | 79 € par mois |
|---|---|---|---|
| 10 | 3 137 € | 8 211 € | 16 632 € |
| 25 | 7 842 € | 20 526 € | 41 579 € |
| 50 | 15 684 € | 41 053 € | 83 158 € |
| 100 | 31 368 € | 82 105 € | 166 316 € |
Chaque case est le budget de développement maximal, en euros HT. À 10 utilisateurs et 39 €, il est de 8 211 € : tout devis supérieur fait perdre de l'argent sur trois ans. À 100 utilisateurs et 79 €, il passe à 166 316 €.
Le tableau se lit aussi dans l'autre sens. À 39 € par mois, 1,71 × B ≤ nombre d'utilisateurs × 1 404 donne le seuil : 25 utilisateurs rentabilisent 20 000 €, 49 en rentabilisent 40 000 €, 98 en rentabilisent 80 000 €. Face à Odoo à 14,90 €, il en faut 64, 128 et 256.
Une dernière hypothèse déplace le résultat : la hausse du prix de la licence. Selon le 2026 SaaS Management Index de Zylo, 79 % des responsables informatiques interrogés ont subi une hausse de prix au renouvellement en 12 mois. La page ne publie ni l'échantillon ni le taux moyen.
Prenons 10 % par an, par hypothèse : Kolonell écrit que les hausses de licence atteignent souvent 8 à 10 % par an, sans source. Pour 50 utilisateurs, les trois années coûtent 23 400 × (1 + 1,1 + 1,21) = 77 454 €, et le plafond passe à 77 454 ÷ 1,71 = 45 295 €.

Quand le logiciel n'est pas un outil interne mais un produit vendu à des clients, la question change : il faut alors savoir à partir de quel chiffre d'affaires le développement est couvert, ce que fait le calcul du seuil de rentabilité.
Combien coûte la maintenance d'un logiciel sur mesure ?
La maintenance est le poste que les devis oublient. Innowise, une société de développement, avance 15 à 20 % du coût de construction par an, sans citer de source. Kolonell, une autre agence, écrit lui aussi 15 à 20 % par an, puis chiffre l'exemple à 1 500 à 2 000 € par mois pour un projet de 150 000 € : cela fait 12 à 16 %, pas 15 à 20 %.
Wavect place pour sa part un outil interne stable plus bas que les 71 % retenus : entre 10 et 16 % par an, soit 30 à 48 % sur trois ans. Ce sont des bandes de planification, pas des médianes mesurées. Le calcul reste le même quel que soit le taux : sur trois ans pour 50 utilisateurs à 39 €, le plafond de B vaut 70 200 ÷ (1 + m), où m est la maintenance cumulée.
| Maintenance cumulée sur trois ans | Plafond de développement |
|---|---|
| 30 % (10 % par an, bande basse d'un outil interne) | 54 000 € |
| 45 % (15 % par an) | 48 414 € |
| 48 % (16 % par an, bande haute d'un outil interne) | 47 432 € |
| 71 % (somme des médianes de Wavect) | 41 053 € |
| 100 % | 35 100 € |
Passer de 45 % à 100 % retire donc 13 314 € de marge, et un devis sans ligne de maintenance est incomplet. Ce que le benchmark exclut compte autant : nouveaux modules, nouvelle population d'utilisateurs, refonte et migration de données demandent un budget de feuille de route distinct. Un logiciel que personne ne fait évoluer cesse de ressembler au besoin ; la dette technique d'une application explique comment cet écart se creuse.
À qui appartient le code d'un logiciel sur mesure ?
« Le code vous appartient » est l'argument de vente le plus répété, et pas toujours un fait. En droit français, l'auteur d'un logiciel conserve ses droits tant qu'ils ne sont pas cédés. L'article L131-3 du code de la propriété intellectuelle subordonne la transmission des droits à une mention distincte de chaque droit cédé dans l'acte de cession, avec le domaine d'exploitation délimité quant à son étendue, sa destination, son lieu et sa durée.
Les droits à lister sont ceux que l'article L122-6 reconnaît à l'auteur d'un logiciel : la reproduction, la traduction, l'adaptation ou toute autre modification, et la mise sur le marché. La modification compte autant que le reste : sans elle, un autre prestataire ne peut pas reprendre la maintenance.
Le titulaire initial dépend du prestataire. Si c'est une agence, l'article L113-9 lui attribue les droits patrimoniaux sur les logiciels créés par ses salariés dans l'exercice de leurs fonctions, sauf stipulation contraire : c'est donc elle qui doit les céder. Si c'est un freelance, c'est lui.
Un contrat qui écrit seulement « le client est propriétaire du logiciel » ne respecte pas la liste de l'article L131-3. L'article L131-4, lui, autorise la rémunération forfaitaire pour la cession des droits sur un logiciel : un prix fixe suffit, sans redevances.
À réclamer dans le cahier des charges et le contrat : la cession détaillée droit par droit, la livraison du code source, la documentation, et un hébergement ouvert au nom du client. La rédaction du cahier des charges donne la trame du premier de ces documents.
Dépendance : quel risque, sur-mesure ou du marché ?
Chaque option enferme, mais pas au même endroit. Avec le logiciel du marché, le risque est tarifaire : l'éditeur fixe le prix, et la hausse au renouvellement décrite plus haut ne se négocie pas toujours. Avec le sur-mesure, le risque est humain : le développeur qui connaît le code, et la maintenance qui dépend de lui.
La sortie d'un logiciel du marché est déjà limitée en Europe aux coûts effectivement supportés par le fournisseur. Le Data Act, applicable depuis le 12 septembre 2025, supprime tous les frais de changement à partir du 12 janvier 2027.
La Commission cite les services de plateforme et de logiciel en tant que service parmi ceux concernés. Cela ne dit rien du travail de reprise des données dans l'outil suivant. La même page signale que des modifications du Data Act sont proposées dans le cadre du Digital Omnibus : le détail est à revérifier avant de s'appuyer sur cette date.
Pour le sur-mesure, la parade est contractuelle : cession, code source, documentation. Un logiciel personnalisé livré avec son code et un hébergement au nom du client peut changer de prestataire sans repartir de zéro.
Quand le sur-mesure devient le bon choix
Trois conditions poussent vers le sur-mesure, et le calcul en confirme une seule.
Le nombre d'utilisateurs. C'est la condition mesurable : au prix d'un CRM courant, un budget de 40 000 € n'est rentabilisé qu'à partir de 49 postes, et un budget de 20 000 € qu'à partir de 25. En dessous, le logiciel du marché gagne presque toujours sur le prix.
Le processus. Si aucun outil du marché ne couvre le besoin sans contournement, l'abonnement évité ne compte plus : le coût à comparer est celui du contournement, et il ne figure pas dans ce calcul. C'est le cas d'un CRM ou d'un ERP sur mesure quand les outils existants imposent de ressaisir les données, ou d'une application métier sur mesure.
La stratégie. Un outil qui différencie l'entreprise se possède. Un outil de gestion standard s'achète.
Avant d'engager un budget complet, deux voies réduisent le risque. Le no-code valide le besoin sans développement ; le MVP d'une application limite la première version à ce qui sert vraiment. Pour un produit vendu à des clients plutôt qu'un outil interne, créer un SaaS suit une logique voisine, avec les coûts d'infrastructure détaillés, et le prix d'une application mobile détaille les postes de coût d'un développement mobile.
Le calcul ne compte ni le temps interne passé à piloter le projet, ni le retard avant la mise en service, pendant lequel l'abonnement continue ou l'outil manque. Ces deux postes jouent en faveur du logiciel du marché.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un logiciel sur mesure ?
C'est un logiciel conçu et développé pour les processus d'une organisation précise, par opposition à un logiciel du marché que l'éditeur vend, avec la même base de code, à tous ses clients. Le client finance le développement une fois, puis la maintenance ; l'éditeur d'un logiciel du marché répartit ce coût sur tous ses abonnés et le refacture par un abonnement par utilisateur.
Combien coûte un logiciel sur mesure ?
Les montants des pages d'agences consultées ne citent aucune méthode ni source. La bonne question est inverse : quel budget de développement reste rentable face à la solution du marché ? Pour 50 utilisateurs à 39 € HT par mois, le plafond sur trois ans est de 41 053 € HT, maintenance et hébergement compris, avec les hypothèses détaillées dans l'article.
À partir de combien d'utilisateurs un logiciel sur mesure devient-il rentable ?
Cela dépend du budget de développement. À 39 € HT par utilisateur et par mois en facturation annuelle, sur trois ans et avec 71 % du budget en maintenance, un budget de 20 000 € HT est rentabilisé à partir de 25 utilisateurs, 40 000 € HT à partir de 49, et 80 000 € HT à partir de 98. Si le prix de la licence augmente de 10 % par an, ces seuils baissent.
À qui appartient le code d'un logiciel sur mesure ?
Au prestataire, tant que le contrat ne prévoit pas une cession. L'article L131-3 du code de la propriété intellectuelle subordonne la transmission des droits à une mention distincte de chaque droit cédé, avec son étendue, sa destination, son lieu et sa durée. L'article L131-4 autorise une rémunération forfaitaire pour la cession des droits sur un logiciel.